Comment j’ai créé mon jeu de rôle ? Happy Together (Partie 2)

Promouvoir le livre

La première interface pour la promotion (et la vente) du livre, c’est le site internet, du nom de Maître-Bois, le nom de mon label indépendant. Le site est un Wordpress hébergé chez OVH avec le nom de domaine maitrebois.com . Je l’avais déjà mis en place pour mon jeu précédent (Happy) donc ça a été assez simple de créer puis mettre à jour la page existante à la sortie du jeu, avec un lien vers la boutique de Lulu.com et un autre pour l’achat du PDF via Paypal.

Il se trouve que je suis photographe, donc j’ai pris le temps de réaliser des photographies pour mettre en avant le livre du jeu. J’ai également ajouté des liens vers les rapports de partie et les media rôlistes qui parlent du jeu. Le site est accompagnée d’une page web “Maître-Bois”, et je relaie également les infos sur mon compte facebook et Google +

0091-2017-05-30_22-17-06.jpg

Mon implication au sein de la communauté des Courants Alternatifs est également un atout, puisque j’y échange régulièrement avec les membres. Il y a plusieurs rapports de partie qui ont été rédigé sur le forum et j’y relaie moi-même les news sur le jeu .

Etant également vidéaste, j’avais envie de réaliser une petite vidéo promotionnelle du jeu, pour retranscrire son ambiance et donner envie de le découvrir. Je suis parti sur l’idée de filmer un groupe de personnes en train de s’adonner à une activité de loisir. J’ai filmé à deux endroits différents, dans un club d’escalade et lors d’une répétition de musiciens dans un conservatoire. J’avais dans l’idée de faire un mix de plusieurs activités. Finalement, la répétition de musique était amplement suffisante et je me suis concentré là dessus. A partir de là, j’ai écris un texte en vue d’être enregistré en voix-off. Par hommage aux fictions qui m’ont influencé pour le jeu, j’avais envie d’avoir une voix-off en japonais ou en anglais. J’avais déjà réalisé un court-métrage avec une voix-off anglaise, donc j’ai naturellement demandé à la même comédienne de réitérer l’expérience pour cette vidéo. Malheureusement, après un enregistrement de mauvaise qualité, elle s’est montrée indisponible. Je n’ai pas pu sortir la vidéo au moment de la sortie du jeu, et étant occupé ensuite, il m’a fallu quelques mois pour m’y remettre et trouver une remplaçante pour la voix-off.

Au final, la vidéo est sortie bien après la sortie du jeu et est passée relativement inaperçue. Elle est tout de même disponible sur la page web du jeu, fournissant une vidéo d’introduction utile, je pense.

De façon plus globale, je suis assez insatisfait de la communication autour de ce jeu. L’année 2017 a été très compliquée pour des raisons personnelles et professionnelles et la plupart des actions de communication que j’envisageais de faire sont tombées à l’eau. En plus de ça, j’ai fais peu de conventions. Je n’ai pas pris le temps de contacter les medias rôlistes, donc la sortie du jeu est passée quasiment inaperçue.

Parmi les actions de communication que j’aurais aimé entreprendre :
. proposer des parties démo régulières en virtuel
. prévenir les media rôlistes, avec un envoi sur demande d’un exemplaire PDF ou papier
. créer un évènement autour de la sortie du jeu
. créer une vidéo de présentation des règles du jeu
. créer une vidéo avec un exemple de partie
. créer des vidéos ou articles expliquant ma démarche de création

Malgré tout ça, j’ai eu de bons retours au sein de la communauté des Courants Alternatifs et le jeu est parfois cité dans des podcasts ou discussions comme exemple par rapport à sa proposition atypique (autant pour le format que pour sa proposition ludique). C’est déjà beaucoup pour moi qui n’attends pas tellement de succès d’un tel jeu. Je pense tout de même qu’il y aurait un potentiel à le faire connaître davantage et j’espère un jour pouvoir prendre le temps de lui donner l’éclairage qu’il mérite.

Les chiffres

Dans la logique de mon format poche noir & blanc sans illustration (sauf la couverture en couleur), j’avais envie que le jeu soit très abordable. J’ai donc fixé le prix à 10€ pour le livre et 5€ pour le PDF, ce qui revient pour les deux à une marge d’environ 3,60€ (en enlevant le prix de fabrication et la marge de Lulu pour l’un, et de l’autre la commission paypal, cf le détail plus loin).

Happy.TogetherPDF-CouverturePochev017RVB.jpg

Avec le recul, je me dis que j’aurais peut être pu mettre une marge un peu plus élevée, afin de pouvoir proposer le jeu en boutique. Cela dit, j’étais parti sur une logique d’impression à la demande avec très peu d’avance pour du stock, donc ça faisait sens à ce moment là. J’ai commandé un stock d’une vingtaine de livres pour en vendre directement lors des quelques conventions de l’année 2017, ce qui ne me semblait pas un investissement très risqué.

/ Dépenses : -230,48€

180,48€ - Exemplaires tests et exemplaires de stock
50€ - Impôts (14,10% en auto-entrepreneur)

/ Recettes : +328,18€

100,70€ - 19 Livres papier (Lulu)
200€ - 20 Ventes directes (Stock)
27,48€ - 6 PDFs (via paypal)

Total d’unités vendues (tout format confondu) : 45

Résultat : +97,70€

J’ai donc vendu en tout et pour tout 45 exemplaires de Happy Together, dont une partie en conventions. Pour le détail, je me suis rendu à la Queervention de Rennes (6 exemplaires), à Ultavia à Poitiers (3 exemplaires) et Octogônes à Lyon (8 exemplaires). A noter que j’ai vendu un certain nombre de Happy (la version solo) en parallèle, ce qui n’est pas négligeable. C’est un nombre de ventes qui ne fait pas beaucoup rêver à première vue, mais dont je suis plutôt content au vu des circonstances : un jeu à la proposition très OVNI (même pour les indés), un manque de temps et d’argent  certain pour communiquer sur le jeu sur internet et en conventions. C’est donc plutôt positif à mon sens, parce que je me dis qu’avec plus de temps et d’argent investis, j’aurais pu en vendre certainement bien plus. Ça reste très modeste mais il faut savoir que je pars de loin. Je n'aurais jamais pensé être capable d'aller au bout d'un tel projet il y a encore quelques années. C'est donc pour moi une petite victoire.

Conclusion

Après la petite expérience de publication de Happy, j'ai mis la barre un peu plus haute pour Happy Together, en réalisant un jeu de rôle sur un thème particulier qui me tenait à coeur, en apprenant à maîtriser le logiciel Scribus pour la maquette, en concevant une charte graphique pour l'ensemble du livre et en réalisant une vidéo promotionnelle du jeu (entre autres nouveautés!). Je regrette de ne pas avoir eu plus de temps et d'énergie pour faire la promotion du jeu. Malgré tout, la réception du jeu a été relativement bonne au sein de la communauté alternative francophone et surtout je suis satisfait d'avoir réussi à créer et partager ce jeu.

Cette deuxième expérience de publication était riche en apprentissage et me servira très certainement pour la réalisation de mes prochains jeux. Je tiens à remercier à nouveau tous ceux qui m'ont soutenus de près ou de loin dans la création et la promotion du jeu. Ce sont ces échanges qui me motivent à poursuivre mes errances créatives. Merci.

Pour plus d'infos et/ou commander Happy Together en livre papier ou PDF :
http://www.maitrebois.com/h-a-p-p-y-t-o-g-e-t-h-e-r/

Comment j’ai créé mon jeu de rôle ? Happy Together (partie 1)

Concevoir le jeu

L’idée d’Happy Together est née de mon premier jeu de rôle publié, Happy, qui est un jeu de méditation solitaire qui porte déjà en lui la base d’Happy Together. Pour autant, l’adaptation pour plusieurs joueurs a fait évoluer le jeu dans une direction que je n’avais pas soupçonné. Si Happy se concentre uniquement sur le moment présent, Happy Together inclut des éléments qui mettent les personnages au sein d’une histoire personnelle qui se projette également dans le futur, par le biais des “Désirs” et des “Quêtes”.

Le challenge principal pour Happy Together était de parvenir à créer de l’histoire sans qu’il n’y ait de problème à résoudre. Pour se faire, je suis parti du jeu le plus contemplatif et collaboratif que je connaisse : Prosopopée, de Frédéric Sintes. C’est un jeu que je connais bien, pour y avoir joué de nombreuses fois. Parfois même avec son auteur, qui l’a d’ailleurs décortiqué de nombreuses fois aux travers de ses articles sur son blog (Limbic Systems). Mais Prosopopée nous propose de résoudre des “Problèmes”. Après avoir revu plusieurs de mes inspirations pour le jeu (notamment Lost in Translation de Sofia Coppola et Si tu tends l’oreille de Yoshifumi Kondo), j’ai eu une intuition. En fait, dans ces fictions, ce n’est pas qu’il n’y a pas de problème, c’est que les problèmes sont minimes ou rapidement résolus. Ce qui permet de se concentrer sur la contemplation et les relations humaines.

Dans la première mouture du jeu, il y avait des dés qui fonctionnait à la façon de Prosopopée. A la suite d’une partie test avec Frédéric Sintes, celui-ci m’a proposé de retirer les dés. Cette idée provient en particulier du jeu Les Petites Choses Oubliées de Sylvie Guillaume & Christoph Boeckle, dans lequel il n’y a pas de résolution de problème mais plutôt des mécaniques de négociation entre joueurs. Dans Happy Together, c’est encore plus simple : c’est le joueur qui choisit l’issue de son “Désir”. Parce que l’enjeu n’est pas de réussir, ce qui importe c’est de savoir ce qu’en retire le personnage. Ainsi le joueur peut choisir la façon dont son personnage retire quelque chose de positif.

A la suite d’une partie test sans les dés, la base du jeu était en place. La suite fut un aller-retour entre parties tests et ajustements des règles pour garantir une expérience de jeu stable d’une partie à l’autre.

0060-0063-2017-05-30_22-09-32.jpg

Une autre partie en interne a marqué un tournant dans le jeu. Dans cette partie, j’ai voulu tester d’implémenter des “Quêtes” pour les personnages des joueurs. C’est une idée qui me vient d’un ouvrage de développement personnel, Le Jeu du Tao, qui m’avait déjà inspiré pour Happy. Si le jeu était très centré sur le moment présent, il semblait manquer quelque chose, une certaine profondeur. Les parties étaient parfois un peu naïve, parce qu’elles occultaient la complexité de la vie quotidienne. Profiter du moment présent, oui. Mais quid de nos vocations, de nos aspirations pour le futur, qui guident nos pas? Ce simple ajout a apporté une nouvelle dimension aux parties et un ton doux-amer qui venait parfaitement nuancer l’apparente naïveté du jeu.

A ce stade, j’avais un texte avec une mise en page sommaire sur Open Office. L’étape suivante était de proposer des parties tests à des tables extérieures, c’est à dire où je ne suis pas présent pour expliquer les règles. Il s’agissait de revoir le texte pour le rendre lisible pour des lecteurs extérieurs, et proposer une mise en page un minimum agréable. Même si c’est une version de test, je pense que c’est important d’avoir quelque chose qui soit plaisant à lire, afin de garantir déjà le confort des testeurs et de montrer d’une certaine manière que c’est un projet sérieux.

C’est un effort qui semble avoir porté ses fruits puisque j’ai eu plusieurs personnes motivées qui m’ont fait des retours détaillés. J’en profite d’ailleurs pour les remercier, ils ont beaucoup apporté au jeu. Ces rapports de partie sont visibles sur Les Ateliers Imaginaires (le forum a fermé entre temps, mais il est toujours accessible à la lecture). Tous ces playtests m’ont permis d’ajuster les règles en fonction des diverses remarques et problèmes rencontrés.

J’ai refais quelques playtests de mon côté pour vérifier les derniers changements puis j’ai considéré mon jeu comme terminé.

  Un aperçu de la feuille de personnage sur le logiciel Scribus.

Un aperçu de la feuille de personnage sur le logiciel Scribus.

Concevoir le livre

La première chose à faire a été de finaliser le texte, en prenant en compte cette fois-ci la pédagogie et l’ergonomie de lecture qui permettrait de rendre le jeu le plus accessible possible pour réaliser de belles parties. Je voulais un jeu court et rapide à prendre en main, donc l’idée était d’aller à l’essentiel, sans multiplier les variantes de règles et les conseils à outrance. Je voulais également qu’on puisse faire une partie en lisant le texte au fur et à mesure, en évitant au maximum de faire des renvois de page. Enfin, j’avais l’ambition qu’on puisse jouer ailleurs que chez soi, y compris en déplacement. J’ai donc choisi un petit format, semblable à un roman poche.

Pour Happy, j’avais fait appel à CreateSpace, la plateforme d’impression à la demande d’Amazon. Pour les raisons que j’ai expliqué dans mon rapport d’expérience de la publication de Happy, j’ai voulu changer pour cette fois. J’ai hésité entre deux options : Lulu, un autre site d’impression à la demande, et CopyMedia, un petit imprimeur avec lequel Morgane Reynier a travaillé pour ses propres jeux (Sur la Route de Chrysopée et plus récemment Into the Wood). J’aime beaucoup le livre de Sur la Route de Chrysopée et j’avais été séduit par la démarche de Morgane. Cependant, devoir avancer les fonds, stocker les livres et faire les envois à la Poste me semblait un travail bien trop chronophage. Avec mon travail, je n’avais déjà pas assez de temps pour développer mes jeux, donc je ne me voyais pas me rajouter une charge de travail logistique supplémentaire. Lulu me semblait une bonne alternative à CreateSpace, et me semblait fiable de part l’utilisation qui en ait faites par plusieurs auteurs de jeux comme Le Grümph, Thomas Munier, Julien Pouard, Frédéric Sintès, Fabien Hildwein (pour ne citer qu’eux). A l’origine, je voulais publier Happy Together dans le même format que Happy, à savoir un format paysage. Comme ce n’était pas proposé par Lulu, je me suis rabattu sur le format poche portrait. Comme il s’agit d’un format sans doute dédié à la production de romans, il n’y avait pas de possibilité d’intérieur couleur. C’est à ce moment que j’ai décidé de faire le choix d’un livre sans illustrations et avec une mise en page minimaliste (Je vous renvoie à cet article : Happy Together en format poche ?).

Pour réaliser la maquette, j’avais envie d’aller plus loin que OpenOffice que j’avais utilisé pour Happy. OpenOffice est avant tout un traitement de texte, donc les placements d’images ou d’éléments graphiques n’étaient vraiment pas aisés. N’ayant pas les moyens pour InDesign, j’ai choisis son alternative gratuite, à savoir Scribus. C’était l’occasion pour moi de me former sur ce logiciel en prévision de projets plus complexes à mettre en page. La prise en main n’était pas évidente, mais avec quelques tutoriaux et les conseils de Frédéric Sintès, j’ai pu gérer le minimum vital pour me lancer.

La première grande tâche était la réalisation de la couverture. J’envisageais de réaliser une photographie, mais cette tâche à priori simple que je maîtrise m’a pris un temps démesuré pour Happy, donc j’ai choisi la facilité en allant chercher des photos libres de droit, d’abord sur Flickr, puis sur Pexels et Unsplash. C’est sur ce dernier que j’ai trouvé la plupart des photos pour réaliser mes prototypes. J’ai réalisé pas moins de 16 couvertures différentes avant de choisir ce qui est actuellement celle du jeu publié ! Finalement, je suis content d’avoir fait ce travail fastidieux car je suis vraiment satisfait du résultat.

  Les nombreux (!) prototypes de la couverture du jeu.

Les nombreux (!) prototypes de la couverture du jeu.

La deuxième grande tâche a été de choisir les polices d’écriture. Je ne me souviens plus où je les ai finalement trouvées, mais je me souviens avoir cherché longuement sur google en tapant des mots-clefs en anglais comme “free font design”. L’idée étant d’éviter les classiques Dafont our 1001freefont. Je peux ainsi aujourd’hui vous recommander les sites suivants pour trouver des polices originales : Google Font, Fontsquirrel, Creative Market. Vous pouvez en trouver de bonne qualité en cherchant des articles de blog répertoriant des polices alternatives aux classiques ou les articles estampillées pour les graphistes. Attention, elles ne sont pas toujours gratuites ou leur utilisation est limitée à certaines applications. Lisez bien les conditions. Cela dit, si vous trouvez vraiment la perle rare, parfois ça peut valoir le coup de dépenser quelques euros.

J’ai réalisé les éléments graphiques de la mise en page à l’aide de Photoshop, qui est un logiciel que je possède et que je maîtrise grâce à ma pratique de la photographie, mais aussi grâce mes quelques expériences amateures de réalisation de logo et autres chartes graphiques pour mes propres sites web. Ça a été également assez long de trouver le ton juste pour obtenir la mise en page minimaliste et élégante que je recherchais. De façon assez paradoxale, je cherchais à obtenir une ambiance chaleureuse, alors que je travaillais en noir et blanc, ce qui a compliqué mes recherches. Finalement, j’ai trouvé un compromis en utilisant une partie de la photographie de la couverture pour les en-têtes de chapitre.

Le plus pénible a finalement été de parvenir à exporter un PDF viable pour l’impression chez Lulu. Mon premier essai d’impression m’est arrivé avec des pans entiers de texte absents, ou bien seulement avec les accents, donnant à mon jeu un vague air de La Horde du Contrevent. Il m’a fallu un petit moment pour comprendre que certaines polices n’étaient pas compatibles, bien qu’elles apparaissaient pourtant bien à l’export, y compris dans le BAT numérique (Bon à tirer) de Lulu. Si je me souviens bien, ce sont certaines polices en .otf qui ne passaient pas à l’impression. Il a donc fallu que je change les polices. Heureusement, j’en ai trouvé parmi celles que j’avais pioché durant mes recherches qui étaient proches. Après plusieurs exemplaires tests reçus par Lulu et la création d'une version PDF, le jeu était fin prêt pour une sortie officielle !

Dans la seconde partie, je vous détaillerai comment j'ai promu le jeu, je vous détaillerai mes résultats chiffrés et je finirai sur une petite conclusion générale.

Le chaos en nous

“Je vous le dis : il faut encore porter en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez encore un chaos en vous” (Friedrich Nietzsche)

Répondre à des commandes - c'est à dire mettre ses talents créatifs au service de quelqu'un d'autre - c'est souvent plus facile. On nous demande quelque chose de précis, avec un peu de chance en adéquation avec ce qu'on a déjà pu faire. Cette prévisibilité rend les commandes également plus faciles à vendre. Quelqu'un veut quelque chose, et on lui fabrique en échange de pièces sonnantes et trébuchantes.

Créer des oeuvres personnelles, en revanche, c'est une autre paire de manche. On a certes la liberté de faire ce que l'on veut. Mais cette liberté s'accompagne d'un chaos que notre société bien ordonnée a bien du mal à s'accommoder. Créer pour soi, c'est beaucoup de tâtonnement. Il faut du repos, des errances, de la procrastination, des doutes, des échecs. En somme, il faut du temps. Et du temps qui laisse la place à l'aléatoire. On ne sait jamais quand viendra l'inspiration. On ne sait jamais quand viendra le découragement. On ne sait jamais quand viendra l'épiphanie.

Ainsi, vivre de ses créations demande de jouer à l'équilibriste entre ce que la société attends de nous pour vivre décemment (et être quelqu'un de respectable) et le questionnement existentiel incessant de la créativité.

J'aspire à un jour où je serai capable d'allier créativité et productivité, sans que ce soit une douleur à porter au quotidien. En fait, j'aspire à ce que mes activités soient de l'ordre du plaisir plus que du travail. Et je ne peux pas m'empêcher de ressentir de la culpabilité. Depuis que je suis à l'école, on me demande de travailler dur. Que seul le travail permet la réussite. Mais quelle réussite ? Pour moi la réussite c'est d'être heureux ici et maintenant, et de construire quelque chose qui a du sens pour l'avenir. Réunir la joie et le plaisir. Le plaisir de l'instant et la joie d'accomplir des choses pour moi-même et pour les autres.

  Photographie : Gaël Sacré / Muse : Chloé

Photographie : Gaël Sacré / Muse : Chloé

Pourquoi vous partager ces réflexions ? Parce qu'à présent que je suis lancé en tant qu'auteur, je vais devoir batailler sans cesse pour faire valoir ma légitimité à créer des oeuvres personnelles. Ça ne signifie pas que je vais refuser toutes les propositions de commande, mais qu'il faudra que je fasse attention à ne pas tomber dans la facilité, à continuer à croire en mes créations même si elles ne semblent pas contenter un public ou un marché. Qu'il y aura aussi des moments où je devrais peut être, par soucis financier, accepter davantage de commande voire me faire employer. Mais je garderai toujours dans un coin de ma tête que la finalité de tout ça, c'est de revenir à ma liberté créative.

J'aimerai m'adresser à toutes celles et ceux qui ont des désirs de création et qui se restreignent parce qu'ils doivent gérer leur vie professionnelle et/ou leur vie familiale. A celles et ceux qui ont des métiers créatifs mais qui passent plus de temps à créer pour les autres que pour eux-même. Ou celles et ceux encore, qui ne se sentent pas suffisamment légitimes pour exprimer ce qu'ils ont dans le coeur. Gardez ces désirs bien précieusement. Chérissez-les. Jusqu'au jour où la vie vous laissera des opportunités de les assouvir. Soyez prêt.e.s. Je vous le dis, vous portez encore un chaos en vous.

Renaissance

Ça y'est, j'y suis. J'ai démarré une nouvelle vie. Je suis à présent auteur de jeux de rôle et auteur photographe. Plus globalement j'ai décidé de me consacrer uniquement à mes créations personnelles.

En réalité, je l'étais déjà depuis longtemps. Mais une bonne part de ma vie était occupée par un travail, une entreprise artisanale dans lequel j'effectuais des commandes photographiques, pour la plupart des mariages. La gestion de cette entreprise me prenait un temps considérable, qui m'empêchait de m'épanouir en tant qu'artiste. Chaque fois que j'avançais sur un projet personnel, je ressentais sans cesse la culpabilité de ne pas passer ce temps à développer mon activité professionnelle.

Pourtant, j'aimais mon métier. Photographe de mariage, c'était une incroyable aventure ! Une aventure qui m'a permis de sortir de ma coquille, d'oser aller vers les gens, d'apprendre ce qu'est une relation adulte et professionnelle. C'était aussi beaucoup de rencontres avec des gens formidables avec qui j'ai passé de bons moments et appris beaucoup de choses. J'en profite pour saluer chaleureusement et remercier tous mes mariés, leurs invités et les prestataires avec qui j'ai travaillé. Ça m'a également permis d'apprendre énormément de choses en photographie, d'avoir du matériel et des moyens pour donner vie à mes rêves et les partager.

Jusqu'au jour où la cohabitation est devenue ingérable. J'ai lutté pendant quelques années, mais je savais qu'il me fallait faire un choix. J'ai choisi la liberté. Avec toutes les conséquences, positives comme négatives, que cela suppose pour mon avenir.

  Moi-même lors du magnifique mariage de Katy & Mark au château St Julien. Photo prise par un invité.

Moi-même lors du magnifique mariage de Katy & Mark au château St Julien. Photo prise par un invité.

Que vais-je faire de cette liberté ?

Mon rêve, c'est de créer des univers fictifs qui deviendront des supports pour créer des histoires, quelque soit leur forme (des univers transmedia).
Pour cela, j'ai choisis le jeu de rôle comme terrain d'expérimentations privilégié.

En fait, je ne me sens pas encore assez compétent (que ce soit en jeu de rôle ou en photographie) pour me lancer vraiment. D'une certaine façon, je me considère plutôt en auto-formation, en vue de me créer un modèle économique viable à l'avenir.

Pour développer mes compétences, j'ai actuellement trois objectifs principaux :
 - Me concentrer sur le développement d'un univers personnel qui me tient à coeur que j'appelle "Coven", en travaillant sur le contenu de cet univers et en expérimentant des jeux de rôle qui utilisent cet univers comme base.
 - Développer mes compétences en animation de parties de jeu de rôle, en particulier en tant que meneur de jeu, afin à la fois de mieux comprendre comment concevoir le rôle d'un meneur en terme de game design, mais également afin d'être plus à l'aise à l'animation régulière de parties, notamment lors d'évènements publics avec des inconnus et des non-rôlistes.
- M'affirmer en tant qu'artiste photographe : créer des séries créatives (notamment en convergeance avec le développement de Coven), les publier et faire des expositions, en particulier en conventions "geek" et de jeu de rôle.

  Une de mes tentatives récentes de convergence entre mes travaux photographies et l'univers de Coven. (Muse : Nawel)

Une de mes tentatives récentes de convergence entre mes travaux photographies et l'univers de Coven. (Muse : Nawel)

Au coeur de ces objectifs, un élément important, c'est d'y trouver du plaisir avant toute chose. S'il y aura toujours des moments de travail, au sens de se forcer à avancer pour la bonne cause, j'aimerai développer suffisamment d'aisance pour pouvoir être productif sans que ce soit une pression constante.

Une fois que ce sera le cas, j'aurais plus de facilité à envisager d'en faire un véritable métier, dans le sens d'une production régulière et rémunératrice, notamment la publication de mes jeux et la vente de tirages, mais également l'animation de parties et la création de contenu médiatique autour du jeu de rôle (articles, podcasts, vidéos etc.).

J'ai un sentiment de vertige quand j'essaie d'évaluer le temps et l'énergie que ce voyage va me prendre pour accomplir ces rêves. Mais je pars avec une détermination que je n'ai jamais eu jusque là. La sensation de savoir où je vais, et pourquoi je le fais. Et ça, c'est très précieux.

0480-2017-04-12_21-21-15.jpg

Nouvelle orientation

Cela fait vingt minutes que je cherche comment commencer cet article en évitant les accroches clichées. Alors je vais y aller de but en blanc : après une année 2017 houleuse, j'ai décidé d'effectuer un grand changement pour 2018. Je vais diminuer progressivement mon activité de photographe de mariage pour me consacrer à 100% à mon activité artistique.

Quand j'ai lancé mon entreprise en 2008, c'était une opportunité incroyable pour moi d'avoir un métier créatif qui me permettrait d'acquérir des compétences et du matériel pour développer mes projets personnels. Pendant plusieurs années, j'ai trouvé un équilibre entre mon travail de photographe de mariage et mes travaux personnels en portrait. L'un alimentait l'autre constamment. D'un côté en me permettant de faire des rencontres professionnelles, d'apprendre à mener des projets créatifs avec des contraintes fortes et de gérer un budget et un planning. De l'autre en me permettant d'expérimenter des techniques photographiques, de développer ma créativité et mon univers personnel.

Et puis, petit à petit, j'ai délaissé la photographie pour me consacrer à d'autres activités. D'abord l'audio-visuel avec des courts-métrages et une websérie, puis avec le jeu de rôle. Avec la même volonté de développer mon univers personnel et y raconter des histoires. A mesure que je me suis épanouis dans ces activités, c'est devenu très compliqué de gérer à la fois ma vie professionnelle, personnelle et artistique. Au point que cette année, j'ai fais plusieurs burn-out et j'ai accumulé des problèmes de santé. Rien de grave heureusement, mais ces moments difficiles m'ont rappelés à l'ordre. Il était temps que j'accorde ma vie avec mes réelles priorités.

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Qu'en 2018, je vais principalement travailler sur mes créations personnelles. Je travaille depuis longtemps sur un univers qui compte beaucoup pour moi qui s'appelle Coven. Je voudrais dans un premier temps le développer sous forme d'un jeu de rôle. Je l'envisage comme un univers qui me servira de base pour créer des photographies et des vidéos. En réalité, c'est déjà le cas, puisque beaucoup de mes photos (celles que je légende "☾ ether" ) sont inspirées de mes recherches esthétiques pour Coven.

Je vais continuer la photographie de portrait, en essayant de me focaliser sur mes univers de jeu de rôle. J'ai commencé une série en ce sens que je vais poursuivre en 2018. J'aimerai proposer des tirages à la vente, et pourquoi pas faire une exposition.

J'ai très envie de continuer également la vidéo. Malheureusement, c'est très chronophage, que ce soit pour faire des courts-métrages ou pour Mandala, ma chaîne Youtube et Dailymotion qui parle de jeu de rôle. Je préfère mettre cette activité en hiatus pour le moment, le temps de développer mon univers et pouvoir revenir plus tard avec des choses vraiment inspirées.

Merci à tous ceux qui me soutiennent, de près ou de loin. Je vous souhaite une excellente année 2018 !

 

Réunification en cours

Deux mois se sont écoulés depuis que j'ai pris la décision de réunir mes multiples identités numériques. J'en fais à présent le bilan provisoire.

Mon nouveau site web, qui regroupera l'ensemble de mes activités, est en construction. C'est un long chantier, mais je suis heureux d'avoir trouvé une plateforme qui me convienne pour effectuer ces travaux (Showit 5). J'utilise à présent principalement un seul compte par réseau social : Gaël Sacré et la page Gaël Sacré Photographe sur Facebook, @gaelsacre sur Instagram et Gaël Sacré sur Google +. J'utilise encore peu twitter avec lequel je suis moins familier, mais j'ai un compte que j'utilise occasionnellement @gaelsacre.

Pour le moment, le bilan est plutôt positif. J'ai retrouvé la motivation de publier, et surtout je suis relativement régulier, puisqu'il y a eu des news et des photos toutes les semaines durant les deux derniers mois. Par contre, je regrette un peu la cohérence que j'avais construite sur mes différentes identités. Par exemple mon Instagram @gaelsacre que je réservais pour mes travaux photographiques dans mon univers féérique/ancien est maintenant un patchwork de tout ce que je fais. Ça rend la lisibilité de mes activités beaucoup plus complexe. Dernièrement, j'ai sorti un jeu de rôle et la logique a voulu que je mette le lien dans la description pour que les intéressés puissent aller se renseigner sur le jeu et éventuellement l'acheter. Mais du coup, le lien vers mon site photo n'y est plus, ce qui est embêtant pour ceux qui seraient intéressés par mes travaux photos, ou plus particulièrement par mes photos de mariage.

Capture d’écran 2017-06-16 à 16.21.48.jpg

Mon compte Instagram au 16 juin 2017

Je ne me vois clairement pas faire marche arrière à présent, mais je me demande comment parvenir à gérer un minimum de cohérence et de clarté pour permettre à ceux qui s'intéressent à une de mes activités en particulier de ne pas être noyé par l'ensemble. Je pense toutefois que cette nouvelle organisation me pousse à faire des ponts entre toutes mes identités et j'ai espoir que je finirai par trouver comment relier tout ça de façon claire pour moi et pour les autres.

Une autre conséquence, mais positive cette fois-ci, c'est que cette réunification me donne envie de déconnecter mes créations. C'est à dire ne plus se reposer sur mes sites et les réseaux sociaux uniquement pour diffuser mes oeuvres. Je ressens le besoin de matériel physique, comme pour avoir des preuves que ce que je crée n'est pas seulement une abstraction numérique qui s'effacerait dès lors qu'internet serait coupé. J'ai publié mon jeu de rôle récemment et c'est un vrai plaisir de le tenir entre mes mains. J'ai envie de faire imprimer mes photographies, sous forme de toiles ou de tirages encadrés, afin de pouvoir les exposer chez moi, les proposer en exposition dans des lieux physiques et éventuellement les vendre. J'ai envie de créer des livres photos, pour faire vivre mes photographies avec des mots.

Beaucoup de travail m'attends encore sur le chemin de cette réunification identitaire. A tous ceux qui me soutiennent, de près ou de loin : merci !

 

Comment j'ai morcelé mon identité en petits morceaux

Il y a 10 ans, j'avais une identité qui me semblait claire. J'étais photographe. La plupart des gens me connaissaient en tant que photographe. Je passais la plupart de mon temps à faire des photographies. C'était à priori cohérent. Mais ça n'a jamais été qu'une activité créative parmi tant d'autres. Avant la photographie, j'ai fais de la musique, puis j'ai eu envie d'être réalisateur dans l'audio-visuel. Mais c'est la photographie qui m'a accroché, où j'ai pu m'exprimer avec la plus grande aisance et qui m'a permis d'explorer mon univers personnel. Et d'une certaine façon de me découvrir.

En comprenant mieux mon univers personnel, j'ai commencé à partir dans d'autres directions. L'audio-visuel d'abord, dans lequel j'ai tenté d'écrire et de mettre en scène mes histoires. Puis le jeu de rôle, révélation tardive mais ô combien importante dans la suite de mon exploration et sur lequel repose aujourd'hui la base de mon développement créatif. Toutes ces activités m'ont éloignées de la pratique de la photographie. Ou en tout cas, j'ai pensé que c'était le cas. A un certain moment, j'ai décidé de tout séparer. Je voyais chez les autres une cohérence dans leur identité, comme une sorte de ligne éditoriale à échelle humaine, qu'il faudrait suivre absolument sous peine d'être un individu flou, qu'on aurait du mal à cerner et dont on se désintéresserai si tôt qu'un aspect de sa personnalité ne serait pas en phase avec les attentes présumées. Ainsi, j'ai démultiplié mon identité virtuelle en plein de petits morceaux, comme autant d'horcruxes éparpillé dans le monde numérique, contenant chacun une part de moi. Si bien qu'aujourd'hui, je ne me reconnais plus. Je ne sais plus où donner de la tête. Moi qui ait pourtant toujours eu à coeur de n'écouter que mes envies, j'ai séparé mon âme en de nombreuses identités pour séduire un public différent, logique marketing destructrice, déshumanisante.

Quelles sont donc toutes ces identités factices ? Faisons le point ensemble.

Photographie
. Gaël Sacré, Photographe de mariage : site web, blog, compte facebook, page facebook, instagram
. Gaël Sacré, Photographe de portrait "Ether", ambiance ancienne et féérique : site web, blog, page facebook, instagram
. Teenage Dreams/Candide Dreams, Photographe de portrait "Mode" : 500px, page facebook, instagram
. Personae, cours de photographie : site web

Vidéo
. Gaël Sacré, chroniques et courts-métrages : chaîne Youtube, chaîne Vimeo
. Mandala, vidéos sur le jeu de rôle papier : chaîne Youtube, Dailymotion et sur le site Junkfood Factory

Jeu de Rôle
. Maître-Bois : site web & blog, page facebook, compte google +

+ un compte facebook auteur "Gaël Sacré", qui regroupe tout, sauf la photographie de mariage (qui a son propre compte dédié)
+ un compte twitter "Gaël Sacré (Willox)"

Le fait de mettre à plat ainsi toutes ces identités me révèlent d'autant plus l'absurdité de la situation. Qui peut bien être capable de gérer sereinement autant d'interfaces de communication sans développer des troubles de la personnalité ? Comment en suis-je arrivé à de telles extrémités ?
Aujourd'hui, je ressens le besoin de me recentrer. Au fil de l'exploration de mon univers, j'ai compris peu à peu que tout était lié d'une façon ou d'une autre, que toutes mes activités, si diverses en apparence, ne sont en fait que l'expression d'une seule et même individualité. Et quand bien même le tout ne formerait pas une cohérence à toute épreuve, il me faut accepter ma propre diversité d'intérêts ainsi que mes contradictions. Je ne suis pas un individu multiple, je suis un individu complexe, comme nous le sommes tous et toutes. Il est temps pour moi d'assumer qui je suis.

Je ne sais pas encore de quelle manière, mais j'envisage, dans la mesure du possible, de regrouper un maximum mes différentes activités afin d'avoir un réseau de communication principal, à savoir un site web, un blog et un seul compte par réseau social. Ce ne sera pas peut-être pas possible pour tout, mais je compte bien réduire ses itérations de moi-même le plus possible, au moins sur les réseaux sociaux.

Qu'en est-il de vous ? Avez-vous aussi tendance à vous éparpiller ? A vous créer des identités numériques pour masquer vos incertitudes ? Ou bien êtes-vous de ceux qui assument pleinement leur personnalité complexe ?

 

Pourquoi je ne ferai pas de financement participatif

J’ai créé un jeu de rôle. Ça s’appelle Happy Together. On y joue des personnages du quotidien qui passent du bon temps ensemble, malgré les aléas de la vie. Aujourd’hui, la plupart des auteurs de manuels de jeux de rôle passent par le biais de financements participatifs. Puisque c’est une question que l’on me pose souvent et que l’on va probablement continuer de me la poser, j’aimerai prendre le temps d’exposer ici pourquoi je ne le ferai pas.

Créer, c’est compliqué

J’ai toujours été quelqu’un de créatif. Je suis fasciné par les histoires. Mais j’ai toujours eu beaucoup de mal à créer, ou du tout du moins à terminer mes créations. Je cumule un nombre important de projets non terminés qui me pèsent. Avec le temps, j’en ai pris conscience et j’ai revu mes ambitions à la baisse. J’essaie de trouver du plaisir dans l’accomplissement de petites choses, avec l’espoir qu’au fur et à mesure, je puisse revoir mes ambitions à la hausse. De ce fait, ma priorité actuelle est avant tout que mes projets voient le jour. Or, s’engager dans un financement participatif, c’est rajouter beaucoup de complexité là où c’est déjà difficile pour moi.

Je ne publie pas un jeu de rôle ou un univers, mais un manuel pour faire du jeu de rôle

J’ai passé des heures à créer Happy Together. Des heures à réfléchir, concevoir, tester, maquetter, relire, communiquer… J’ai testé le jeu de nombreuses fois et il a été testé par d’autres en vue de l’améliorer. J’ai reçu de très bons retours à son propos. Le jeu en lui-même est terminé. Je pourrais le transmettre oralement, ou par le biais d’une vidéo. Le jeu existe déjà et j’en suis fier. Ce jeu, il a pour but de produire des parties, qui j’espère seront agréables et enrichissantes pour les joueurs. Il n’a besoin de rien d’autres que de ses règles pour y parvenir. Le reste serait superficiel. J’ai travaillé pour que la maquette du manuel soit la plus ergonomique possible, sans fioritures, sans illustrations, juste les règles. Un format d’environ 40 pages, en format poche, couverture couleur et intérieur noir & blanc. Qu’il soit en PDF ou en livre papier, on pourra le lire rapidement, le mettre sur son smartphone ou dans son sac et jouer où l’on veut. Grâce à Lulu, un site qui permet l’impression à la demande, le jeu aura un stock illimité et le format poche garantit un prix abordable pour tout un chacun, qui plus est lors des nombreuses périodes dans l’année où les frais de port y sont gratuits.

J’ai déjà des financements en cours

Je ne vais pas vous le cacher, j’ai déjà des financements participatifs en cours, pas en jeu de rôle, mais sur des projets audio-visuels. Bien que ce soit des projets collectifs, j’en prends une part importante de responsabilité et il me serait mal venu de demander de nouveau à mes amis et connaissances de soutenir financièrement un projet sans savoir si celui-ci verra bien le jour.

Par ailleurs, ces expériences m’ont convaincus que le financement participatif n’était actuellement pas pour moi, tant il me prive de ma liberté créative quand je dois observer des promesses tandis que ma façon de créer et de voir le monde évolue.

Je ne fais pas un manuel de jeu de rôle seulement pour les rôlistes

J’ai bien conscience qu’aujourd’hui, un jeu de rôle comme Happy Together, contemporain et abordant des thématiques de la vie quotidienne a peu de chance d’être populaire parmi les rôlistes actuels. Et pour cause, le jeu de rôle baigne depuis sa naissance dans les mondes de l’imaginaire et l’idée de jouer notre quotidien semble être un frein majeur pour beaucoup qui recherchent dans ce loisir une manière de s’échapper de notre monde si cruel. Pourtant, la littérature, le cinéma et les séries regorgent de succès critiques et populaires qui dépeignent des personnages à priori ordinaires dans notre monde – ou tout du moins, dans une vision de notre monde contemporain. Une tradition qui a à mon sens prive le jeu de rôle d’une part conséquente de la population. Il pourrait pourtant apporter énormément à notre société, et pas seulement comme pur divertissement.

Ainsi, se lancer dans un financement participatif dans le but par exemple d’améliorer la qualité du livre, ajouter des illustrations ou proposer des goodies, me semble plutôt incohérent dans ma démarche. J’aurais pu éventuellement me lancer pour débloquer un budget de communication ou de distribution pour permettre de diffuser plus largement le jeu. Ce n’est pas quelque chose que j’exclue à long terme, si les autres raisons exposées ici viennent à évoluer.

Je n’ai pas le temps (et donc pas d’argent)

Je suis photographe indépendant. Je réalise principalement des reportages de mariage. C’est une activité saisonnière mais qui me prend énormément de temps. Si l’hiver est souvent plus calme, environ 6 mois de mon année est extrêmement prise pour cette activité qui me permet essentiellement d’avoir un toit et de quoi manger à ma faim.

J’ai également fais le choix d’avoir une vie la plus équilibrée possible entre ma vie personnelle, professionnelle et créative. Je suis prêt à accepter ponctuellement de déséquilibrer la balance, tant que c’est sur une période définie et pour un projet précis. A vrai dire, ma balance est déjà déséquilibrée, ma vie oscille actuellement entre vie professionnelle et créative, au détriment de ma vie personnelle. Il n’est donc pas question pour moi de me déséquilibrer encore davantage en prenant trop de temps pour ma vie créative, tant que celle-ci ne pourra me garantir des revenus stables et réguliers.

Un financement participatif, c’est énormément de temps à préparer, communiquer, puis produire les choses qui ont été promises. C’est aussi beaucoup de responsabilité et de stress. C’est quelque chose que je vis déjà au travers de mon entreprise, je ne suis pas encore prêt à le subir pour mon activité d’auteur de jeux.

***

Vous l’avez compris, pour toutes ces raisons, je ne ferai pas appel à un financement participatif pour Happy Together. Je ne dis pas que c’est la meilleure décision, mais c’est celle que j’ai prise et qui me semble la plus cohérente avec ma démarche actuelle.

La maquette du jeu est actuellement en relecture et test d’impression et j’espère le sortir au printemps 2017 en PDF et en impression à la demande sur Lulu.com. Par ailleurs, je travaille déjà depuis longtemps sur le jeu suivant, Imaginarium, dans lequel on incarne des enfants se retrouvant dans un monde imaginaire inspiré de Narnia, A la Croisée des Mondes ou encore Peter Pan, qui lui profitera peut être d’un financement participatif, qui sait ?

I found my voice

"Hello, here is my confession
Tried to go with the flow
But didn't flow in my direction
I guess I have a little problem
I saw him running with the pack
But they weren't going where I was going

Everyone was acting like as if they were right
But I did not buy it, no I did not buy it
I said I'm going back, ‘til there's no one left,
‘Til there's no one left
Now I'm standing on my own
It's me against them all
And it never looked so beautiful
‘Cause I found what I was looking for
Now I’m standing on my own
It's me against the world
And I never felt so wonderful
‘Cause I found what I was searching for

I found my voice"

(Lost & Found - I Found My Voice)

D'aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours voulu raconter des histoires. De mes premiers jeux d'enfants, en passant par les légos, la création d'univers, l'écriture de poèmes et de chansons jusqu'à la photographie, la fiction audio-visuelle et les jeux de rôle. Pourtant, je n'ai jamais été bon à ça. Je n'ai jamais eu de talent ou d'aisance particulière. J'ai commencé énormément de choses que je n'ai jamais terminé. J'ai abandonné beaucoup de projet parce que je n'étais pas assez déterminé, parce que je ne savais pas vraiment ce que je voulais, parce que j'avais des doutes mais aussi parce que j'avais peur, peur du regard des autres, peur de ce que je pourrais livrer au monde, peur d'être mis à nu. La création a toujours été pour moi un moyen d'expression plus juste que tout ce que je pourrais exprimer avec des mots dans la vie de tous les jours.

Je doute toujours, tout le temps. Mais une force en moi fait que je n'abandonne jamais. Je sais que j'ai ça en moi et qu'il faut que ça sorte, je n'y peux rien. Alors je vais continuer, aller de projets en projets, d'échecs en échecs, de déceptions en déceptions. Parce qu'à travers ce chemin de croix, le moindre projet qui arrive à son terme, le moindre petit succès justifie à lui seul de subir cette ordalie. Après tout, je pourrais bien me trouver un petit travail salarié tranquille, me choisir une passion qui se limite à quelques heures par semaine sans grande ambition et probablement vivre une vie paisible. Mais je sais au fond de moi que je serai malheureux, comme si je choisissais d'être muet, de ne plus prendre la peine de dire qui je suis vraiment.

J'ai perdu beaucoup d'amis et sans doute raté beaucoup d'opportunité sur ce chemin. A chaque étape de ma vie, à mesure que je comprends qui je suis et ce que je veux, beaucoup de choses deviennent obsolètes. Ma vie devient asynchrone avec les autres et avec l'environnement dans lequel je vis. J'opère des changements continuels et je me retrouve seul, mais avec un sentiment fabuleux parce que je sais que j'avance sur ma voie.

Il y a quelques temps, j'ai compris que la forme concrète de cette voie est de raconter des histoires. Cette révélation tardive fait que je me suis beaucoup égaré en chemin. Même si à posteriori cette vocation me semble évidente, à travers toute mon histoire, je n'ai pas dirigé entièrement mon énergie dans cette direction et la création aujourd'hui m'est toujours aussi difficile. Même écrire cet article est difficile. J'y pense depuis plusieurs mois, et quand je l'ai commencé il y a quelques minutes, j'ai failli abandonner après quelques lignes. Et puis je me suis dit que m'empêcher d'écrire, c'était comme m'empêcher de dire vraiment qui je suis, et de continuer d'être quelqu'un d'autre en apparence.

Je me suis toujours considéré un peu comme un caméléon. Mon manque de personnalité fait que j'épouse souvent celles des autres, jusqu'à reprendre leurs expressions et leur mode de pensée. Je sais comment faire semblant d'être d'accord alors qu'au fond mon âme crie que c'est complètement faux. Je disais à ami récemment que j'ai tellement d'empathie pour les gens que je les déteste. Je n'ose pas affirmer ma personnalité parce que je ne veux froisser personne, parce que j'imagine que leur vie est bien assez difficile pour les forcer à me laisser une place. Et puis, à quoi bon laisser une place à un caméléon ?

Alors ma seule porte de sortie, c'est d'exprimer vraiment qui je suis. D'écrire, de créer, de raconter des histoires.
Même si c'est douloureux, même si c'est difficile, même si je n'y arrive jamais vraiment.

J'aimerai dire à tous ceux qui ressentent cette même douleur : vous n'êtes pas seuls. Créer, au sens d'exprimer son soi véritable, c'est faire saigner son âme. Peu importe à quel point vous pensez ne pas avoir le talent, les moyens nécessaires, l'entourage et le réseau nécessaire, la détermination nécessaire. Continuez. N'écoutez pas les autres. Continuez de vous saigner jusqu'à ce qu'ils voient enfin ce qu'il y a dans dans vos veines. Je suis sûr que c'est magnifique.

Happy Together en version poche ?

Après une série de tests de ma part puis par d’autres joueurs (merci à eux!), mon nouveau jeu de rôle Happy Together passe en phase de relecture en vue d’une publication prochaine !
Pour ceux qui ne connaissent pas encore, j’en parle en détail ici : http://www.maitrebois.com/h-a-p-p-y-t-o-g-e-t-h-e-r/

  Prototype de la couverture du format poche

Prototype de la couverture du format poche

Une première version du jeu pourrait être disponible en format « poche » en impression à la demande, très certainement sur lulu.com en format 10.79 x 17.46 cm, couverture couleur et intérieur noir & blanc, sans illustrations. Plusieurs raisons pour ce choix :

. Happy Together est un jeu que je voudrais le plus accessible possible.Dans cette optique, une version poche sans illustration couleur réduit les coûts au maximum pour permettre un tarif abordable. Pour ceux qui préfèrent un beau livre illustré, j’envisage de réaliser par la suite une version augmentée dans un plus grand format illustré en couleur avec des photographies.

Happy Together est un jeu que je voudrais facilement transportable. J’ai créé le jeu de façon à pouvoir y jouer partout, sans matériel nécessaire autre que des feuilles et des crayons. J’envisage même  d’ajouter une petite variante pour pouvoir jouer sans rien, pour pouvoir par exemple jouer en voiture ou en randonnée. Un format poche permet de laisser le jeu dans son sac et de pouvoir le sortir pendant une soirée, un voyage ou un séjour chez des amis, sans s’encombrer. Je prévois également une version PDF optimisée pour les smartphones et tablettes.

. Actuellement j’estime le jeu en lui-même terminé, mais il reste beaucoup de travail pour le publier dans un format plus travaillé : créer une belle maquette et des photographies pour illustrer le jeu. Sachant que j’ai un travail qui me prend beaucoup de temps et que je travaille sur d’autres projets, la seconde version risque de prendre un paquet de mois avant de voir le jour. En attendant, j’aimerais qu’il soit disponible car je pense qu’il peut déjà offrir de belles expériences. Et puis, qui sait? Peut-être que ce jeu ne nécessite pas plus pour le découvrir et y jouer dans de bonnes conditions!

Tout ceci est susceptible d’évoluer, mais je tenais à vous faire part de cette idée qui me tient à coeur.
Qu’en pensez-vous ? Seriez-vous intéressé par une version poche ? Est-ce qu’une édition couleur illustré en plus grand format serait vraiment utile ?

☾ Rituels ☽ ~ "Nuances" (Partie III)

- november 15th 1992

Cher journal,

Je contemple à nouveau les vagues qui déferlent sur la jetée. La lumière du soleil couchant déploie ses nuances de couleurs, du rouge au bleu en passant par le violet. "Le monde est fait de nuances", m'a-t-elle dit. Je comprends à présent.

Les ondins étaient tous réunis dans la baie, prêts à se battre contre les êtres humains qui se sont installés ici il y a quelques centaines d'années. J'étais prête à me battre moi aussi. Mes pouvoirs de la terre contre ceux de l'eau. Le yin et le yang. La course éternelle. Et puis je l'ai vu.

Dans une petite crique étroite, je l'ai vu embrasser quelqu'un d'autre. Leurs baisers étaient fougueux, mais je pouvais lire l'inquiétude dans leurs regards. Je voyais aussi les branchies de son petit ami triton. Je rêvais de Roméo & Juliette, mais en réalité je ne faisais plus partie de l'équation. Je regardais Roméo & Roméo subir la guerre de leurs clans respectifs. J'ai compris à cet instant que je n'étais ni dans le mauvais camp, ni dans le bon. Et s'il y avait un moyen d'éviter cette bataille ?

Je concentre mon pouvoir sur la jetée, écartant les pierres pour constituer un cercle. Je me place au centre et prend une grande inspiration. Je suis seule à présent, gardienne de Queens Harbour. Des larmes perlent sur mes joues. Les ondins ont acceptés ma proposition.  Nous sommes en paix.

"- Drew... Ma chérie. Tu es tellement forte et courageuse! Ecoute moi bien, le voile ne restera ouvert qu'un moment. Tu n'as qu'une seule chose à savoir. Le monde est fait de nuances. De nuances. Je t'aime.
- Maman!"

☾ Rituels ☽ ~ "Nuances" (Partie II)

- november 6th 1992

Cher journal,

J'ai encore la sensation du sable humide sous mes pieds. Je dansais entre les galets, avec une seule chose en tête : revoir ma mère.

Je fais ce cauchemar, depuis toujours, encore et encore. Elle est attirée inexorablement dans les profondeurs. L'eau pénètre dans ses poumons.
Mais cette fois, ce n'était pas ma mère. C'était lui. L'amour de ma vie, englouti dans les abysses. Le lendemain, j'ai appris qu'il avait disparu. Est-ce de cette façon que ma mère est morte ? Est-il mort lui aussi ? Je ne peux pas y croire. Je ne veux pas y croire.

Ma grand-mère maternelle m'a recueilli quand j'avais quatre ans. Elle m'a élevé comme sa propre fille. Je vois les photos encadrées dans l'escalier. Ma mère me ressemblait tellement. Ma grand-mère sait toujours quoi me dire quand ça ne va pas. Cette fois encore, elle avait réponse à tout. "Ta mère, plus que tout autre, savait comment traiter avec les ondins. Il existe un moyen de communiquer avec elle. C'est bientôt Samhain, quand le voile entre les vivants et les morts est plus fin que jamais. C'est à ce moment que tu devras faire ton rituel".

Tout ça est nouveau pour moi. Je n'étais pas sûr d'y parvenir. Mais l'air était chargé ce jour là. C'était comme si le vent me guidait.

De l'écume s'est formé une forme humaine. Elle s'est avancé vers moi. J'ai ajouté le sel de mes larmes à l'océan. Elle m'a parlé d'une voix si douce, si apaisée. Et puis elle est repartie comme elle est venue, me laissant encore plus désemparée.

Une phrase me revient, comme un murmure lointain : "Le monde est fait de nuances."
 

☾ Rituels ☽ ~ "Nuances" (Partie I)

- september 20th 1992

"J'aurais pu être princesse
Tu aurais pu être roi
Nous aurions pu avoir un château
et porter une bague
Mais non, tu m'as laissé partir"

Jamais je n'aurais pensé écrire dans un journal intime. Je me sens comme une caricature d'adolescente qui pleure de son premier amour. Je sais très bien que c'est insignifiant, que ça passera. Et pourtant la souffrance est tellement forte que j'ai le sentiment de ne jamais pouvoir m'en sortir. J'ai besoin que ça sorte, d'une manière ou d'une autre.

Je suis amoureuse d'un garçon depuis le premier jour où je l'ai vu. Depuis 4 mois nous vivons dans un rêve. Et puis ce matin, tout a basculé. Il a suffit d'un mot, inscrit sur un morceau de feuille à carreau. J'ai compris avant même de le lire. J'ai pu voir dans son regard triste et désolé que c'était terminé.  Je réalise à peine la place que je lui ai laissé dans mon coeur. Je brûle du premier et du dernier amour, celui qui ne meurt jamais vraiment.
Je crois qu'il en aime une autre. Ou peut être un autre. Comment ai-je pu être aussi stupide?

J'ai rêvé de ce jour. Celui où je n'étais pas encore une gardienne. Celui où je n'avais pas à me préoccuper de la brume et de ses engeances qui menacent Queens Harbour. Je n'arrête pas de revoir la vidéo où tout a commencé, quand les ondins ont attaqués pour la première fois.

A la prochaine lune, ils reviendront encore plus forts. Je devrais me battre et certainement mourir. J'ai 16 ans et je vais mourir au champ de bataille, comme ma mère. Mais je suis déjà morte d'amour.

Drew Dinsmore

"... tu as volé mon étoile."

Ambitions

Il y a quelques mois, j'avais pris la décision de prendre le temps de vous raconter un peu tout ce qui se passe autour de mon activité photographique, de parler davantage des coulisses, de mes projets, de mes doutes. Encore une fois le temps s'est écoulé très vite et je n'ai finalement pas suivi cette résolution. Je m'en excuse. Beaucoup de choses ont changés, et en particulier mes ambitions pour la suite. J'aimerai faire le point avec vous.

J'ai commencé la photographie quand j'étais au lycée, comme un échappatoire créatif à l'enfermement des cours et à mon mal-être d'adolescent. Je me suis lancé dans des études de cinéma et de théâtre (en Arts du Spectacle) avec l'espoir de pouvoir faire du cinéma. A cette époque, je n'ai pas réussi à me lancer dans ce domaine donc j'ai commencé à m'intéresser de plus en plus à la photographie et ça s'est imposé petit à petit comme une passion, et un métier. Je n'ai jamais caché le fait qu'en faisant de la photographie, j'avais en tête d'apprendre à devenir un créatif en vue de pouvoir revenir à l'audio-visuel et plus largement à raconter des histoires.

Depuis quelques années, grâce à des amis, j'ai réussi à me lancer dans de beaux projets de fiction,  une websériedes courts-métrages et des chroniques web (en particulier récemment une chronique sur le jeu de rôle) et des jeux de rôle. Malgré les difficultés, j'ai trouvé énormément de plaisir à m'engager dans ces projets. Je me sens à ma place. Finalement bien plus qu'en photographie. Même en photographie, j'ai toujours eu cette envie de raconter des histoires avant tout, et je suis rendu à un point où la photographie seul ne me suffit plus. Je ne pense pas avoir été au bout de ce que je pouvais faire en photographie, mais je sens que je suis arrivé à un croisement, un moment charnière où mes ambitions ont changées.

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Je n'ai pas l'intention d'arrêter la photographie. Déjà parce que c'est mon métier, mais aussi parce que ça reste toujours une passion et j'ai acquis suffisamment d'aisance et de plaisir à photographier que j'aurais bien du mal à m'en passer. Cela dit, je n'ai plus l'ambition d'avoir du succès dans le monde de la photographie. Je n'ai plus l'envie d'essayer de faire des expositions, de vendre des tirages, de réaliser un livre ou d'être publié dans des magazines. Je n'ai plus l'envie de tenter d'être reconnu dans ce milieu. Je me demande même si ça m'a jamais vraiment intéressé au fond.

Actuellement, mes envies se tournent essentiellement vers le jeu de rôle et la création d'univers et j'envisage la photographie comme un moyen d'illustrer mes créations. J'ai publié en novembre 2015 mon premier jeu de rôle, intitulé Happy, pour lequel j'ai réalisé les illustrations photographiques (qui illustrent également cet article). Je vais poursuivre ce travail avec mon second jeu, Happy Together, sur lequel je travaille actuellement. De plus, une bonne partie de mon travail sur ma série photographique "Ether" (en gros toutes mes photos dans une ambiance féérique/sorcière/éthéré) se retrouvera certainement d'une façon ou d'une autre dans un futur projet de jeu de rôle/univers sur lequel je travaille depuis longtemps.

Je tiens aussi à soutenir mes amis de l'association ImagiVienne qui travaillent sur de nombreux projets titanesques, et notamment la websérie Avaliëa dont je suis le co-créateur et le superviseur. Je vais continuer de réaliser des photographies pour promouvoir leurs réalisations. Vous avez déjà pu en voir quelques unes avec ma précédente publication sur le tournage de Warren Flamel, la fansérie dans l'univers d'Harry Potter.

Bref, je suis loin d'en avoir fini avec la photographie, mais je tenais à ce que vous sachiez les nouvelles orientations qui sont les miennes désormais. Je vais tenter de reprendre petit à petit les publications (je n'ai rien publié depuis mars) et vous tenir informé de tout ça, avec ma régularité habituelle, c'est à dire chaotique. Haha!

Merci à tous ceux qui me soutiennent malgré mon tempérament de girouette. Je vous jure que j'essaie de me focaliser. Promis!

De l’impossibilité de présenter le jeu de rôle

Je fais suite à la publication par CasusTV de sa première vidéo sur Youtube intitulée « Qu’est-ce que le jeu de rôle ? Par Maxime Chattam » mais aussi plus généralement de l’abondance récente de vidéos qui tentent de définir le jeu de rôle.

Pourquoi vouloir présenter le jeu de rôle ?

C’est une volonté tout à fait logique pour un rôliste de pouvoir expliquer ce qu’est son hobby, tout comme on a envie d’expliquer à un néophyte en quoi consiste le curling, ou la peinture sur soie. Le jeu de rôle fait parti de ces loisirs méconnus du grand public, qui nécessite qu’on l’explique sans quoi le tout venant en a au mieux aucune idée du tout, au pire une vision biaisée (ça se joue en costume ? c’est du jeu vidéo ?).

La difficulté arrive quand on constate la multiplicité des pratiques qui entourent le jeu de rôle. Chaque table, chaque animateur ou meneur de jeu, chaque association, chaque communauté a sa façon d’appréhender le jeu de rôle et tenter d’en définir les grandes caractéristiques revient en fait à se poser la question : c’est quoi le jeu de rôle ? Question somme toute compliquée, au même titre qu’on n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur ce qu’est l’art ou pire encore le sens de la vie.

Alors que faire, mes bons amis ?

Si présenter une forme basique DU jeu de rôle semble un sacerdoce, peut-être faut-il envisager de présenter UN jeu de rôle, un seul à la fois, et de multiplier l’expérience autant de fois que nécessaire pour recouvrir l’ensemble de sa diversité, et permettre à tout un chacun de s’approprier ces jeux de société, ou pas, selon ses affinités.

  La corrélation entre LE jeu de rôle et une illustration de fantasy.

La corrélation entre LE jeu de rôle et une illustration de fantasy.

Mais c’est quoi cet acharnement contre cette vidéo qui a une initiative très louable ?

Je ne dis pas qu’il faut abandonner la présentation de notre loisir. Ce que je dis c’est qu’il est impossible d’aller voir des néophytes et d’aller leur donner une définition satisfaisante du jeu de rôle qui puisse n’exclure personne. Le jeu de rôle, ça se joue avant tout, et la meilleure façon de le présenter c’est qu’une diversité de pratiquants proposent des parties à tout le monde. Proposer une vidéo de présentation générale qui se prétend neutre en établissant le jeu de rôle avec un paquet de clichés (aussi bien dans le texte que le visuel), avec du placement de produit (qu’il soit volontaire ou non), c’est un scandale, mais tout le monde semble apprécier la réalisation léchée et le sérieux de Mr Chattam. Elle est d’autant plus problématique qu’elle est bien faite et que l’entreprise est louable.

On pourrait éventuellement se dire qu’une multiplication des présentations du jeu de rôle par les différents pratiquants du jeu de rôle serait à même de représenter une certaine diversité. Mais je pense que ça ne ferait que renforcer des clichés, en délimitant des caricatures de pratiques, là où les pratiques sont un ensemble de nuances. Ces même caricatures, qui par exemple, tendent à figer les jeux de rôle indépendants comme systématiquement sans MJ, ou avec des thématiques intello, là où on pourrait sortir un paquet de contre-exemples.

  Pathfinder, des dés et une feuille de personnage. Le jeu de rôle ?

Pathfinder, des dés et une feuille de personnage. Le jeu de rôle ?

Concernant l’affiliation BBE et Casus Belli, ça ne me pose pas de problème à priori. Je travaille moi-même sur ma chronique vidéo Mandala, et je ne me cache pas de défendre ma propre paroisse, mes jeux ainsi que ceux des Ateliers Imaginaires, tout comme je pense le fait de façon assumée Romaric Briand avec La Cellule. Mais jamais je n’irai faire une vidéo pour dire que le jeu de rôle, c’est notre pratique, en excluant directement tout le reste sous prétexte que c’est la pratique majoritaire et historique ou que c’est le jeu de rôle qui vaut la peine d’être présenté avant tout le reste.

En réalité, je ne défends pas seulement ma propre pratique du jeu de rôle, mais toute la diversité qui existe même au sein du JDR , y compris des pratiques dont je ne soupçonne même pas l’existence. Ce n’est pas une façon de me victimiser parce qu’on « bouh, on ne parle pas de ma pratique, je suis un vilain petit canard ». Je veux simplement mettre en lumière qui me semble dérangeante pour l’ensemble du jeu de rôle qui est de vouloir à tout prix prendre un angle d’attaque généraliste pour espérer attirer de nouvelles recrues au jeu de rôle, qui finissent par être de l’exact même moule, cercle vicieux de la culture geek qui engrange de la culture geek, au détriment de la diversité.

Capture-d’écran-2016-06-02-à-19.54.57-1024x463.jpg

***

Ce que je vois dans cette vidéo, ce n’est pas tant une tentative louable de présenter le jeu de rôle au grand public qu’une caricature du jeu de rôle qui le fige dans une pratique qui exclut toute la diversité de ce beau medium, et qui largue au passage un paquet de gens qui auraient pu s’y intéresser.
Je n’ai rien contre Maxime Chattam ou Black Book Editions, dont je respecte le travail, ni contre tous ceux qui ont tentés de faire des présentations du jeu de rôle jusqu’à présent. Mon but est de questionner et de débattre. Avons-nous réellement besoin de ces vidéos ? Est-ce que vous aidez vraiment le jeu de rôle à s’épanouir en faisant cela ?

On me parle d’intégrisme, de dogmatisme, là où je m’y oppose au contraire fermement, en clamant l’impossibilité de présenter LE jeu de rôle. Il n’y pas DU jeu de rôle, mais DES jeux de rôles. Vous voulez présenter le jeu de rôle au grand public ? Proposez leur une diversité de jeux qui est susceptible de les intéresser et faites les jouer. Faites leur participer à des parties aussi différentes les unes que les autres, montrez leur comment le jeu de rôle peut être à la fois divertissant, émouvant, épanouissant mais aussi utile, bouleversant et subversif. Tant que vous continuerez à vouloir réduire le jeu de rôle à la somme de ses clichés, vous incarnerez un dogme. Ne faites plus ça, je vous en prie.